Le DVD du documentaire sur le tournage du film Le Mans, The Man and Le Mans, est sorti en France il y a quelques semaines. Au-delà de relater avec brio le scénario catastrophe du tournage de cette superproduction à 6 millions de dollars, ce film propose de savoureuses anecdotes et des témoignages de protagonistes de l’époque.

En 1970, avant le début du tournage du film Le Mans, Steeve McQueen est au sommet de son art. Ses derniers films, Bullit et L’affaire Thomas Crown, l’ont propulsé au rang de star internationale. La fascination de Steeve pour la vitesse et la course automobile l’incite à tourner un film en lien avec la course d’endurance la plus connue au monde, les 24 Heures du Mans. L’objectif de McQueen étant de participer à la course en juin, il dispute les 12 Heures de Sebring, en mars, avec Peter Revson, au volant d’ue Porsche 908. Les deux hommes termineront deuxièmes, juste derrière la Ferrari 512 S pilotée par un certain Mario Andretti.

A cette occasion, McQueen a démontré qu’il était un vrai pilote mais malheureusement, il ne participera pas à la classique sarthoise comme il l’aurait souhaité, les assurances ayant jugé le risque trop élevé. Ce fut bien évidemment une grande déception pour l’artiste, même si le tournage du film débutera bel et bien le 15 juin 1970, pour une durée de trois mois.

L’intensité de la course retranscrite avec brio

Les images du tournage seront mixées avec celles réalisées durant la course, grâce aux caméras dont était équipée la Porsche 908 engagée par la production, celle-là même pilotée par McQueen à Sebring quelques mois auparavant, et confiée à Jonathan Williams au Mans. Les images récoltées durant le double tour d’horloge sarthois, qui témoignent de l’intensité et de la dangerosité de la course automobile dans les années 70, donnent toute sa force au long métrage.

Le Mans est le fruit d’une association entre Cinema Center Films (CCF) et Solar, la société de production de McQueen, ce dernier endossant la double casquette d’acteur et de producteur exécutif, alors que John Sturges, qui a déjà tourné La grande Evasion et Les sept mercenaires avec Steve est en charge de la réalisation. CCF comptait sur ce film pour se refaire une santé mais les choses ne vont pas vraiment se dérouler comme prévu, l’absence de scénario contrariant sérieusement la bonne marche du projet.

L’objectif de McQueen était de “franchir le mur du film”

Steeve McQueen voulait réaliser un film sur l’univers de la course automobile. L’acteur souhaitait que le spectateur ressente ce que lui-même éprouvait au volant : la sensation de très haute vitesse provoquée par le pilotage de bolides tels que la Porsche 917 et la Ferrari 512, propulsés à près de 400 km/h dans la ligne droite des Hunaudières. “Franchir le mur du film”, c’est-à-dire procurer une expérience visuelle totale, tel était l’objectif de McQueen, “qui trouvait la course automobile aussi créative que le cinéma”. Dans ce film, Steve voulait être le perdant.

La suite, on la connaît. Les divergences de vues entre Sturgees et McQueen en ce qui concerne le scénario – le réalisateur avait imaginé une romance alors que l’acteur voulait restituer l’intensité de la course – conduiront au départ précipité du premier cité et à la suspension du tournage pendant 15 jours, à partir du 17 juillet. Désormais, CCF reprend la main, Steve McQueen ayant accepté, contraint et forcé, de se cantonner à un rôle d’acteur. Un quasi inconnu, Lee Katzin, prend la suite de Sturges. La cohabitation avec McQueen sera difficile mais les deux hommes finiront par trouver un pseudo terrain d’entente.

The Man and Le Mans : des anecdotes sulfureuses

The Man and Le Mans comporte les témoignages de plusieurs protagonistes de l’époque, comme ceux de Neil Adam et Chad McQueen, la femme et le fils de Steve, mais aussi ceux d’Alan Trustman, le scénariste appelé à la rescousse, ou encore de l’assistant personnel de McQueen. Ces interviews permettent de mieux appréhender le scénario catastrophe du tournage et l’état de grande anxiété dans lequel se trouvait l’acteur à cette période de sa vie.

On y apprend notamment que McQueen était sur la liste des personnalités que Charles Manson souhaitait assassiner et qu’il avait écrit une lettre à son avocat, durant le tournage du film, pour lui demander de faire renouveler son port d’arme. Mais l’anecdote la plus cocasse, si l’on peut dire, est certainement cet accident de voiture, survenu en rase campagne, en pleine nuit, conté par l’actrice Louise Edlind et l’assistant personnel de McQueen, qui aurait pu avoir des conséquences dramatiques. Un comble lorsque l’on sait que les assureurs avaient refusé à Steve McQueen de participer aux 24 Heures du Mans, l’exercice ayant été jugé trop risqué !

The Man and Le Mans

Documentaire (2015)
Réalisateurs : Gabriel Clarke et John McKenna
Durée : 112 mn
En vente depuis le 16 mars 2016 (France)

A propos de l'auteur

Né au Mans à la fin des années soixante-dix, j’ai attrapé le virus de l’automobile et des sports mécaniques dès mon plus jeune âge. Passionné par les médias, l'image et ayant la fibre éditoriale, créer un blog auto s’imposait comme une évidence.

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